Un vieil air de ska dans les oreilles, une cigarette rouillée et le port qui défile sous mes yeux mi-clos à cause d'un soleil trop rare. La boîte à souvenirs poussiéreuse qui s'ouvre encore. Des images s'amoncellent, d'un été tendre, délicieux et sauvage. La chaleur sur nos corps, les concerts et les baffles à fond, bouger bouger jusqu'à en liquéfier tout son corps. Oublier les horaires, sortir sortir, aller où on veut, quand on veut. Dormir où l'on veut, quand on veut. Dans une tente, par terre sur un sol carrelé dur, dans l'herbe, ou ne pas dormir du tout car les djembés, c'était trop bon. Oublier tout tout, nos soucis et ce qui nous stresse. Les voir eux, encore et encore, rire encore et encore. Le voir. Une fois, deux fois, trois fois. Et s'attacher profondément. L'embrasser dans un parc, le taquiner, rester en contemplation face à sa gueule d'ange brun, le prendre dans mes bras et lui dire 'je t'aime'.
L'été, aller dans un autre monde, sourire, faire des nouvelles rencontres et s'extasier devant les bolas.
Et c'est passé. Il y a eu la rentrée à l'université, les horaires, le train train quotidien. Le soleil qui se perd et le froid traître qui s'installe. J'ai eu mes 19 ans et je me suis posée pour mieux repartir. C'est ce que j'ai cru. Illusion d'un début, d'une nouveauté. Nouvelles personnes, nouvelles têtes, nouvelles rencontres. Indépendance, ici, on ne nous prendra pas par la main. Aimer les cours en amphi. Ca change du lycée, y'a plein de monde. Diversité, et ça sent même le bedo jusque dans la cour de la fac. Découvrir les nouveaux cours et nouveaux profs avec un sourire, un sourire amusé. Et penser encore, ça change du lycée.
Et il y en a eu du changement. Des choses auxquelles je ne m'y attendais pas du tout. Dont ce jeune blond aux yeux bleus. Ne pas croire qu'il veut me revoir et finalement le croiser au hasard dans la rue. J'ai bu un verre avec lui le soir même, un diabolo violette, je m'en souviens. Les petits regards en coin, les sourires timides, et la tremblote. Gêne. Puis se poser à la gare et s'embrasser. Un mois. Un mois d'une sorte d'équilibre-déséquilibre. J'avais une personne avec qui parler, rire, me confier, sortir, regarder, caresser, embrasser, faire l'amour. Il n'a pas été le premier, mais c'est tout comme. Et je ne l'oublierais pas. Mais comme Deportivo, c'est la fin allez, comment te dire, c'est fini. Une petite brise de 30 jours, puis dire que l'on est mieux amis. Ouais, c'est mieux comme ça. Et le même refrain qui rentre comme une grosse claque dans mes oreilles. T'es une personne géniale, mais ça peut pas coller entre nous. Je sais pas. Mais c'est pas ta faute hein, entièrement la mienne, c'est moi qui ai merdé. Le même refrain que j'ai entendu le 26 septembre. Et quand je jette un coup d'½il à sa chaîne en or, les souvenirs remontent et j'en ai la larme à l'½il. Sensation d'être prise pour une conne. J'aurais bien aimé qu'ils me trouvent un truc à contredire, un gros défaut. Mais rien. Alors je comprends pas, j'ai toujours pas compris. J'avais un équilibre et le coup de massue, je l'ai pas senti venir. Et tout c'est cassé. Et je me retrouve encore une fois dans ma coquille vide craquelée.
Désillusion. Et je me sens seule. J'ai l'impression de les perdre. Je ne les vois presque plus. On est tous parti dans des études différentes. J'ai peur qu'avec le temps qui passe, on se dise tous bye bye petit à petit. Et je ne le veux pas, car ils sont équilibres. J'ai perdu le traître de Cupidon, je ne veux pas perdre l'Amitié aussi. Et heureusement que certaines personnes sont là à la fac, sinon je serais perdue. On s'dit toutes les deux, qu'on pourrait aller où on veut, jusqu'à Hawaii même, au volant de sa petite titine. Et aller répéter avec les Kings of Inch à Plomeur City. Et se dire qu'on jouera au casino de Bénodet. Vent de liberté ?
Mais dans tout ça, là, maintenant, je suis dans un état neutre. Etat des remises en questions, ni triste, ni en colère, ni joyeuse. Sans changements, sans rien de nouveau. Un état de stagnation. Et j'aime pas.
Je retourne à Paris.